A l’abri de rien
Olivier ADAM
éd. de l’Olivier
219 pages
18 €
Contre tous
La scène d’ouverture annonce la couleur... Une pauvre cuisine, une femme, Marie, qui regarde tristement la pluie tomber sur un morne lotissement désert.
De sombres alignements de maisons identiques, mêmes voitures, mêmes intérieurs, mêmes rues désertes pendant la journée, la longue liste des petits rêves sans envergure grappillés dans les magazines ou à la télévision. Dehors, à quelques mètres et pourtant plus invisibles que des fantômes, des émigrants errent dans le froid et l’humidité, à peine vêtus, sales, avec la faim au ventre et vivant dans l’angoisse d’une rafle sanglante de la police. Ils sont afghans, kurdes ou pakistanais et attendent un hypothétique transit vers l’Angleterre.
Pour une main tendue dans le noir, un geste de rien, Marie va choisir de s’enfoncer dans le monde de ces sans-papiers que le camp de Sangatte ne veut plus abriter. Pour ne pas mourir de l’infinie médiocrité de sa vie elle se donne à corps perdu et offre un peu de réconfort à des hommes qui ici ne sont rien, à peine des bêtes humiliées.
Elle abandonne mari et enfants- pauvres malheureux déchirés par sa déraison- à la vindicte mesquine et ordurière des voisins. Pourtant Marie n’est pas en croisade, elle n’est pas en colère, elle ne peut simplement pas laisser vivre à côté de ces gens sans leur apporter tout ce qu’elle peut d’humanité. Mais Marie est un être fragile. Si la Croix-rouge n’y a rien pu, qu’y pourra-elle ? Et la folie rôde et l’attend au bout de cette nuit. Elle est une victime tragique de notre hypocrisie. Son geste est un sacrifice de martyre inconsciente qui sonne comme une mise en accusation de notre cécité volontaire.
Le texte est tranchant et beau comme une lame, Olivier ADAM sauve de la bestialité quelques hommes et femmes, mais il est sans pitié pour le brave troupeau des drogués du 20h, pour les brutes en uniforme et en costume. Il met le doigt sur notre lâcheté de nantis, sur nos fausses excuses face à la violence du monde.
Michel Edo, librairie Lucioles
Lucioles - Vienne, le 19 décembre 2007