Villes en bord de mer/ Ciudades junto al mar

A retrouver dans les librairies Initiales et à télécharger un texte inédit et bilingue français/espagnol de l’auteur cubain René Vasquez Diaz, premier chapitre d’un roman à paraître, Villes en bord de mer.

COMME UN LONG CROCODILE VERT,
AVEC DES YEUX D’EAU ET DE PIERRE.
NICOLÁS GUILLÉN

Il y a mille façons de découvrir l’oeuvre d’un auteur pour un libraire.Celle de René Vázquez Díaz, j’en dois la lecture à Fabienne Raphoz et Bertrand Fillaudeau qui dirigent et font vivre le fabuleux catalogue des éditions José Corti. Impossible de ne pas les associer ! Et je tiens à les remercier ici, pour cette découverte comme pour tant d’autres !

À mon tour donc de vous la faire partager ! Rien de mieux que ce petit cadeau offert par les libraires Initiales pour vous y faire prendre goût !
C’est en 1999 que je rencontrai pour la première fois René Vázquez Díaz après avoir lu et relu L’Île du Cundeamor et L’Ère imaginaire (une trilogie, dont le dernier volume, Un amour qui s’étiole fut publié en 2003) et que Cuba devint en quelque sorte une obsession ! Par sa littérature, bien sûr ! Comment une si petite île peut-elle nous offrir d’aussi grands noms… ? Nicolás Guillén, Alejo Carpentier, José Lezama Lima, Virgilio Pinera, Heberto Padilla, mais aussi Reinaldo Arenas, Jesús Díaz, Leonardo Padura, Senel Paz, Avilio Estevez, Karla Suárez, Wendy Guerra…

Je ne peux ici tous les citer !
Une île, et une histoire pour le moins tourmentée, allant de dictatures en révolutions, juste à une brasse du grand frère terrible, les États-Unis.Des espoirs, des déceptions, des haines, des envies d’armes, des envies de trouver des terrains d’entente… Une réalité passionnée, complexe, empreinte d’une fougue baroque et exubérante, celle des tropiques, au rythme d’une musique omniprésente… qui parfois résonne au loin, et qui rime avec exil.
« Rien de commun1 » quand il s’agit de parler de Cuba et de sa littérature ! « Rien de commun »… lorsqu’un auteur cubain écrit sous le soleil suédois !
« Rien de commun » est la devise des éditions José Corti, toujours accompagnée d’une rose des vents.

René Vázquez Díaz est romancier… non, pas de la Havane, il le reven-dique haut et fort, mais de Caibarién, le Cuba profond ; il est aussi journaliste et traducteur. Écrivain dès son plus jeune âge, mais prêt à devenir ingénieur naval, puisque Fidel trouvait que l’île en manquait, contrairement aux écrivains ! Il est parfois difficile d’aller à l’encontre de sa nature… ou du moins elle revient toujours au galop ! À notre grand bonheur, puisque ce sont des livres qui en sont nés !

Après des études d’ingénieur naval en Pologne, le voilà s’exilant en Suède en 1975. Le grand Nord ! Aux tropiques, succèdent grands froids et longues nuits… le suédois vient se mêler à la langue latine… Rien de tel que la musique, la cuisine, la langue et l’écriture pour éponger cette mélancolie d’exilé.

René Vázquez Díaz fait partie de ces Cubains de l’extérieur, comme on les appelle sur l’île, en opposition à ceux de l’intérieur. En 1994, il organise à Stockholm, en tant que chargé de mission du Centre international Olof Palme, la première rencontre à laquelle participèrent les grands noms des lettres cubaines, qu’ils soient cubains de l’île ou cubains de l’exil.

Car, bien sûr, Cuba est au centre, toujours ! Sans toutefois oublier la Suède ! D’ailleurs, il est aujourd’hui membre de la direction de l’Union des écrivains suédois. Il se dit cubain et suédois… Et les deux se rejoignent : lisez donc : Fredrika au paradis, l’histoire de cette féministe suédoise découvrant Cuba au XIXe siècle ! J’aime son expression : « Je suis une erreur historique » !

Et c’est peut-être ce sentiment qui lui donne une liberté de ton, soit dans ses fictions soit dans ses essais. Il dérange et en irrite plus d’un… Pro-castriste pour les uns, anti-castriste pour les autres. Inclassable ! En tout cas, nul doute : il dénonce avec force l’embargo des États-Unis et la prétention
des Américains à interférer dans les affaires cubaines. Il n’hésite pas à parcourir le monde pour que le dialogue ait lieu.
Et la littérature dans tout cela ?

Elle est partout ! Benoît Broyart dans un article du Matricule des Anges2 le décrivait comme « maladivement imaginatif », comme se définit l’auteur lui-même.
« Je ne sais pas, dit Nicotiano absorbé, la réalité est presque fictive parfois,
et tout est très complexe. Moi, je préfère cette existence limitée mais réelle, qu’il m’a été donné de vivre, et non pas l’existence mensongère des êtres de fictions. » (L’Ère imaginaire)

Mises en abîme, poésie, impertinence et humour, rythme et fantaisie débridés, foisonnements de personnages aussi louches et rebelles que truculents, on frôle parfois le polar, le picaresque, le monde de la folie… Un monde où l’Histoire, avec un grand H, est là, même au détour de souvenirs
et de recettes culinaires. Un monde peuplé de femmes, d’amours possibles, ou impossibles… Pluralités de tons et d’univers font jaillir une polyphonie de voix, d’images et de sentiments…

Le texte que vous allez découvrir est presque un conte de Noël, une page d’histoire des années 1970 ! Ce sont les premières pages, inédites, d’un roman à venir, Ciudades junto al mar.

Un grand merci à René Vázquez Díaz pour ce cadeau qu’il nous donne à lire !

Anne-Marie Carlier, directrice de la librairie des Halles à Niort.
 

2 — Le Matricule des Anges, no44, mai-juillet 2003.