Zooms

Magazine Initiales #4

Le dernier numéro du Magazine Initiales

Magazine Initiales #4 : "La fine dentelle d’Angélique Villeneuve" - Carte blanche à Point Virgule : Éditeur, mon double ! - Cahier photo : Jérémie Lenoir, plein Nord - Coup de cœur : Emmanuel, Martha et Alan - Un livre jubilatoire : les chroniques des libraires - Soumis à la question : Gérard Oberlé - Avec Asli Erdogan


 
Le magazine Initiales #3

Magazine Initiales #3

Avril 2016.

Il est là, le troisième numéro du magazine Initiales. Et il est gratuit et beau, et il vous parle du prix Mémorable, donne carte blanche à nos amies de L’autre Monde à Avallon pour parler de revues, vous invite à explorer par les chemins de traverse le catalogue trentenaire des éditions Rivages/Noir, vous donne à voir les belles images douces amères de Miroslav Sekulic-Struja, vous fait découvrir Robert Goolrick. Et vous retrouverez bien sûr les chroniques des libraires de l’association.


 
"Blanc" de Thomas Vinau

Inédit : "Blanc" de Thomas Vinau

En cette fin d’année les libraires Initiales vous offrent "Blanc" un texte inédit de Thomas Vinau.


 
Le Magazine Initiales - Juin 2015

Consultez en ligne le premier numéro du Magazine Initiales

Initiales lance son magazine. Vous pourrez le retrouver trois fois par an dans les librairies de l’association et sur notre site.


 
La gourmandise

La gourmandise, nouveau Points sous les i

La gourmandise c’est le dernier dossier Initiales paru pour boire, manger et lire !


 
Sans raisons et sans rimes

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"Sans raisons et sans rimes" est le vingt-septième dossier thématique réalisé par les libraires Initiales. Coordonné par Alain Girard-Daudon (Vent d’ouest - Nantes), il est consacré à la poésie contemporaine.


 
" Fiction et mémoire, la guerre civile espagnole", le dossier thématique n°26 d’Initiales est en librairie.

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Mais pourquoi encore un fichu dossier sur la guerre d’Espagne, si j’ose paraphraser le titre de l’excellent roman d’Isaac Rosa ? Difficile d’expliquer pourquoi tout à coup des libraires de l’association s’emparèrent de ce thème. Maquis d’Alfons Cervera venait d’être publié ; À sa lecture, c’était la découverte d’une page d’histoire longtemps passée sous silence et surtout la voix d’un écrivain méconnu en France.


 
"Écrire le travail", dossier Initiales n°25 est en librairie !

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Pourquoi diable avoir choisi le travail comme thématique ?

Tout simplement parce que la littérature est une véritable caisse de résonance de la société et de nos vies. Et qui oserait dire que notre rapport au travail ne pose pas de problème depuis quelques décennies – qu’on en ait trop, pas ou plus ?

Alors ce dossier pour montrer à quel point la fiction peut nous aider à comprendre comment la notion de travail et la figure du travailleur ont pu évoluer de pair et avoir un impact de plus en plus important dans nos vies personnelles. Et comme nous croyons en la force de la littérature, puisse ce dossier nous donner la force de nous affranchir des maux et des mots du travail pour retrouver le plaisir de vivre et de penser chacun à son rythme.

Sébastien Le Benoist
Librairie Quai des Brumes (Strasbourg)

Le dossier est disponible chez votre libraire Initiales et téléchargeable ici.


 
1981 - 2011 : 30 ans de Prix unique du livre


 


 
"Le rire en plus" Extrait : Tom Robbins, le sens du fun par Philippe Beyvin

Site de la collection Americana

Après quarante années de publications, Tom Robbins est encore associé aux années 1960. Mais on aurait tort de se limiter à cette étiquette. D’abord, parce que comme toute étiquette, elle est fausse. Ensuite, parce qu’il est avant tout l’écrivain de la joie, qui a peut-être pris sa source dans ces années-là, mais qui a construit une œuvre qui dépasse largement les frontières temporelles.

C’est sans doute aussi parce qu’on sait beaucoup de choses de lui sur sa traversée des sixties et peu depuis. Dans une récente interview, au journaliste qui lui demandait ce qu’il faisait quand il n’écrivait pas, il a répondu : « Je suis bien content que vous me posiez la question, parce que j’ai effectivement un nouveau hobby. Je me suis lancé dans l’art du pliage de la charcuterie. C’est vrai. Je prends des tranches de jambon, de mortadelle, de salami allemand et de mortadelle aux olives, et en les pliant, je fais des petits animaux. Les petits animaux de la forêt. Ce matin, j’ai façonné tous les personnages de Bambi avec des tranches de fromage de tête. Malheureusement, je les ai mangés au déjeuner. Cela m’a donné l’impression d’être un feu de forêt. »

Pas étonnant pour celui qui dit qu’il n’est pas un animal, mais un zoo. En tout cas, tout le style de Robbins est dans cette réponse. C’est foisonnant, imagé, décalé, ça part un peu dans tous les sens et c’est drôle.

Car Tom Robbins écrit des romans follement enjoués qui expriment sa profonde croyance qu’« être enjoué est une forme de sagesse et non de frivolité ». La grande force de ses romans, c’est d’aborder des thèmes sérieux – l’amour, la mort, la religion, la politique, les marchés financiers, le consumérisme, l’écologie, l’art – avec un faux détachement qui se transforme le plus souvent en leçon de vie jouissive. Le ton de ses livres n’est pas une critique acerbe des aspects les plus sombres de la vie, mais une défense de sa devise, « la joie malgré tout ». Nous sommes sur Terre pour profiter de la vie et non pour la subir. Nous avons souvent tendance à l’oublier et Tom Robbins n’a de cesse de nous le rappeler.

Plonger dans un roman de Tom Robbins, c’est être confronté à des personnages inexorablement décomplexés et débarrassés de tout ce qui fait le carcan social – ou sur le point de l’être. Il en va ainsi de la belle Amanda d’Une bien étrange attraction, une fausse gitane aux vrais dons extralucides comme de son mari, John Paul Ziller, peintre, musicien, magicien à ses heures. Des personnages hauts en couleur qu’on aimerait bien rencontrer, comme Larry Diamond, le trader repenti de Comme la Grenouille sur son nénuphar, ou encore Sissy Hankshaw, l’héroïne de Même les cow-girls ont du vague à l’âme.

Plonger dans un roman de Tom Robbins, c’est se retrouver pris dans une langue où l’ironie est au bout de chaque phrase, c’est s’émerveiller de l’explosion de métaphores endiablées où les marécages ressemblent à du thé répandu, où le ciel peut être aussi bourru qu’un serveur chinois et où les après-midi peuvent durer à peu près aussi longtemps que votre année de CM2. Car personne n’écrit comme Tom Robbins. Une langue imagée et explosive, où chaque phrase est un monde à elle seule. Cette obsession, il l’a toujours eue : dès l’âge de cinq ans, il dictait des histoires à sa mère et protestait dès qu’elle voulait changer un seul mot.

Plonger dans un roman de Tom Robbins, c’est se retrouver happé dans un univers où les singes sont kleptomanes, les auto-stoppeuses ont des pouces de dix centimètres de long, des footballeurs américains enseignent le karaté à des gardes suisses, où Jésus rencontre Tarzan, où des cartomanciennes disparaissent à Tombouctou et où des agents de la CIA deviennent philosophes…

Plonger dans un roman de Tom Robbins, c’est se retrouver dans un livre monde où l’histoire principale n’est qu’un prétexte à de nombreuses ramifications et digressions, comme dans la vie. Une bien étrange attraction raconte autant l’histoire d’un couple bohême et libéré qui crée un zoo de bord de route, que celle de leur ami Plucky Purcell, ex-star du football américain, reconverti dans l’enseignement des arts martiaux à un ordre armé du Vatican, ou que celle de Marx Marvelous, scientifique revenu de la science et à la recherche de la vérité. Et si tous se rejoignent pour (peut-être) remettre en cause l’ordre occidental, la magie de conteur de Tom Robbins nous aura entraînés dans de nombreux chemins de traverse avant d’y arriver.

Plonger dans un roman de Tom Robbins, c’est se retrouver à rire tout seul pour une phrase décapante, c’est comprendre le monde à travers une illumination sur la vie, c’est être ébloui par tant d’inventivité, c’est se demander pourquoi on nous avait caché cet auteur incroyable, c’est vouloir se jeter sur le livre suivant, même si on n’a pas fini celui qu’on a entre les mains… Parce que les romans de Tom Robbins déclenchent cette drôle de frénésie, cette excitation caractéristique de l’inconditionnel qui transforme le lecteur en un être un peu étrange au sourire béat.

Plonger dans un roman de Tom Robbins, c’est en ressortir à contrecœur, mais avec le sentiment d’être mieux armé pour affronter la vie. C’est rare. Et, de toute façon, comment résister à un écrivain qui déclare que l’humour et la joie de vivre sont les armes les plus subversives du monde ?
 

Philippe Beyvin, directeur de la collection Americana (Gallmeister)