C’est un secret de Polichinelle, éditeurs et diffuseurs, les uns et les autres, les uns ou les autres, consentent à Amazon des remises commerciales a minima de 40 % allant certainement jusqu’à 50 %. (cf. le témoignage des éditions Pourpenser dans ActuaLitté le 25 février 2013). À cette vérité inavouée que nous tendons tel un miroir déformant à nos interlocuteurs (représentants, chef des ventes, directeurs commerciaux), il nous est répondu la main sur le cœur que c’est faux, qu’au grand jamais cela ne sera et que ce grand marchand de livres en entrepôt bénéficie des mêmes conditions commerciales que les librairies indépendantes. Partons du vertueux principe que c’est vrai, que l’on ne nous ment pas. La librairie française, au prétexte qu’elle représente plus qu’Amazon pour la vente de livres (autour de 40%, mais jusqu’à quand ?) devrait bénéficier, dans sa grande disparité, de conditions commerciales bien plus favorables.

 

La récente déclaration sans ambages du président du S.N.E, M. Vincent Montagne, lors de la présentation du Salon du livre 2013, est à ce titre instructive. Regrettant l’absence du géant de la vente en ligne pour l’édition 2013, celui-ci a déclaré : "Amazon n’est pas simplement un opérateur dans le monde numérique mais surtout un libraire". Nous espérons que cette remarque n’engage que lui mais nous n’y croyons guère. Cette délicate sortie en dit long sur la fracture désormais consommée entre l’édition et la librairie indépendante. Mais ce monsieur se berce d’illusions s’il pense qu’il va pouvoir garder sa place, celle d’éditeur et celle de sa filière. Jeff Bezos l’a dit "les seules personnes nécessaires dans l’édition sont l’écrivain et le lecteur". Si le libraire disparaît, la mort de l’éditeur suivra.

 

Nous ne voulons pas prendre cette déclaration pour une déclaration de guerre. Cependant, puisque la remise maximale concédée aux libraires n’est qu’au plus de 40 %, invitons éditeurs, diffuseurs et distributeurs à consentir à la librairie indépendante au moins la même remise commerciale qu’à Amazon. 

 

Enfin exigeons d’eux qu’ils œuvrent au raccourcissement des délais de livraison qui à l’heure du 48h et bientôt du 24h, font passer les libraires qui n’y sont pour rien, pour des commerçants d’un autre temps.

 

 

Stéphane Émond, président de l’association des librairies Initiales